La table de cuisine comme départ pour une anthropologie spirituelle

Début septembre j’étais à Paris pour un week-end et j’y découvre que le réalisateur/photographe Raymond Depardon a terminé un nouveau film, “La vie moderne”.

Le film est le troisième volet d’une série autour des paysans en France. En fait ce n’est pas le film que je découvre à Paris mais le livre de photos que Depardon a publié autour du même sujet: je le feuillette avec attention dans une librairie mais – après de longs doutes – je le repose sur la table: mon propre projet demandait toute mon attention. Je n’avais pas de temps à consacrer à lui.

La situation "table-de-cuisine" comme point de départ pour une recherche d'anthropologie spirituelle

Filmer comme les frères Lumière

Entre temps j’ai eu l’occasion de voir le film à Bruxelles et bientôt j’espère visionner les deux premières partie sur DVD.

Sincèrement: j’en suis complètement bouleversé. Depardon réussit admirablement à faire un film seulement en faisant le portrait de quelques (vieilles) personnes qui habitent encore dans les coins reculés de la France rurale. Ce sont des gens simples. Ils ne sont pas très bavards mais leurs visages, leurs gestes, leurs vêtements, leurs habitations et ce qu’ils y font (ou n’y font pas) sont en soi toute une histoire.

Depardon filme comme les frères Lumière: la caméra est frontale sur le sujet, il n’y a pas de changement de point de vue, la plupart des images ont un cadre fixe qui n’est jamais envahissant et il filme à la lumière naturelle. Cette façon de faire est très intrigante parce que la plupart des cinéstes d’aujourd’hui ne croient plus dans cette esthétique. Ils ont tort! En plus Depardon filme en 35mm (avec la nouvelle caméra Aäton, la Pénélope) et en cinémascope (ce qui est rare pour un documentaire). C’est autre chose que de la vidéo (même en HD)!

La table de cuisine comme base pour une histoire

Dans la plupart des cas durant ses visites Depardon ne va pas plus loin que la table de cuisine où il tient une petite conversation avec ses hôtes. Bien entendu je devais penser à la table de cuisine de Dam Thien dans “Bouddha dans la ville” où de la même façon toute une histoire se met à vivre à partir de là. Et je me sens réconforté dans mon propre choix.

En fait j’aimerai beaucoup dans le sillage de ce film créer une série d’“l’antropologie spirituelle” comme le dit Pierre de Béthune dans “Bouddha dans la ville”: une série de portraits de personnes singulières qui sont impliqués dans la spiritualité/religion. Comment vivent-ils? Comment excercent-ils leur conviction? Comment expriment-ils leurs expériences? Que font-ils exactement? Quels gestes? Quels vêtements portent-ils? Quels sont les rituels? Quels sont les textes qui les inspirent?

A suivre.

Sur “La vie moderne”:

* Page officielle du distributeur
* Page officielle de la maison de production
* Le livre chez Amazon
* Slideshow chez Magnum avec quelques photos

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